Deuxième religion de l’hexagone, l’islam a connu un développement significatif ces dernières années. Encore loin du catholicisme mais désormais devant le protestantisme, l’islam compte aujourd’hui, selon les dernières estimations, près de cinq millions de fidèles en France. Cette tendance, notamment alimentée par les différentes vagues d’immigration, les dynamiques démographiques et le phénomène des « convertis », devrait se poursuivre dans les années à venir.
Cette augmentation du nombre de musulmans pose naturellement des questions sur la pratique de l’islam et son insertion au sein de la société française, particulièrement dans les banlieues dites « défavorisées », cristallisant critiques et attentions. Affichée ostensiblement, la religion est mêlée à une revendication identitaire et politique dans certains quartiers.
La radicalisation de certains jeunes, épousant une vision littéraliste de l’islam, est courante. Ainsi le salafisme est-il en vogue ; il s’agit d’un mouvement sunnite revendiquant un retour à l'islam des origines, qui s’est ainsi implanté en France par l’intermédiaire d’habitants issus de l’immigration ou non.
Demeurant marginale au sein de la communauté musulmane dans son ensemble, l’interprétation salafiste de la religion tend à se développer à travers des trajectoires individuelles souvent similaires. Une jeunesse fragile combinée à un manque de repères entraîne un passage en prison : c’est alors qu’au contact d’idéologues plus matures, la radicalisation a lieu.
Après leur incarcération, ces jeunes abandonnent la délinquance pour se consacrer entièrement à leur foi nouvelle, très superficielle ou inexistante jusqu’alors. Respectés et admirés par beaucoup de jeunes dans leur quartier, ils jouissent parfois d’un statut nouveau les élevant au rang de modèle à suivre. Leur cadre idéologique et la conviction de détenir la vérité leur confère une force qui alimente ce mouvement en attirant d’autres jeunes qui trouvent dans la foi un cadre puissant, à même de canaliser leurs énergies aussi bien que leurs peurs.
Bien que très différent par nature, le salafisme fait aujourd’hui office de communisme d’hier : de fait, l’idéologie internationaliste constitue la religion des pauvres en quête de transcendance et d’idéal, sur terre ou dans l’au-delà. Cet « idéal » est alimenté par des forces étatiques : certains partis politiques se réclamant du communisme étaient financés directement ou indirectement par l’URSS, tout comme certains mouvements religieux se réclamant du salafisme le sont par certains pays du Golfe.
Le développement de cette acceptation de l’islam peut certes contribuer à faire diminuer la petite délinquance dans certaines banlieues, conformément à la vision de Tocqueville considérant la religion comme un régulateur social. Cependant, la République gagnerait probablement à combler le vide creusé par le manque d’autorité et le déficit d’éducation, sous peine de devoir faire face à des difficultés d’une autre dimension.
Auteur: Tarik Yildiz
Photo: mopsi001
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