Islamophobe !
Le couperet tombe, vous êtes cerné. Combien de fois faudra-t-il encore souffrir l’expression la plus contradictoire de France ? Chaque matin, sur les ondes, dans les entrefilets de la presse, nous sommes assaillis par le terme.
Islamophobe.
L’utilisation endémique et compulsive de ces quatre syllabes pose une question très intéressante aux sociétés actuelles : peut-on bafouer l’esprit démocratique au nom même de son respect ?
Contradiction
S’il est évident que toute haine envers toute population est à proscrire, nous ne pouvons associer la critique des religions et des comportements des croyants à de la calomnie raciste. Ainsi, suivant la logique d’un tel raisonnement, il faudrait alors qualifier le Coran de livre "raciste", puisqu’il "stigmatise" sévèrement chrétiens et juifs (Cor V, 17 ; V, 51…), appelant ici ou là à leur anéantissement (IX, 30…) :
Ô vous qui croyez ! Ne prenez pas pour amis les Juifs et les Chrétiens (…) Celui qui, parmi vous, les prend pour amis, est des leurs » (V, 51)
Les chrétiens ont dit : « Le messie est fils de Dieu ! » (…) ils répètent ce que les incrédules disaient avant eux. Que Dieu les anéantisse ! Ils sont tellement stupides ! » (IX, 30)
Soyons bien clairs. Le coran n’est pas raciste, et son contenu n’a pas à être jugé tel. Par ailleurs, de nombreux versets en appellent à l’amitié avec les chrétiens et les juifs (2, 62 et 29, 46 notamment).
Cependant, si l’on considère comme islamophobe toute remarque négative envers l’islam, il serait dès lors nécessaire, en toute logique, de qualifier de christianophobe et de judéophobe le Livre auquel les musulmans se réfèrent. Il faudrait se décider une bonne fois pour toutes.
Si les mots ont un sens, ayons la décence de les prendre au sérieux ; de même qu’il serait proprement absurde de qualifier de christianophobe une critique sévère énoncée à l’encontre de l’Eglise, il est tout aussi insincère de parler d’islamophobie dès qu’une personne pointe des problèmes liés à la religion musulmane.
De fait, chaque jour et à raison, nombre de musulmans se permettent sans le moindre complexe d’attaquer les positions de l’Eglise, n’hésitant pas à l’essentialiser par commodité (les chrétiens sont, l’Eglise est…). C’est leur droit le plus strict, et ils ne s’en privent pas. Pourquoi dès lors l’inverse serait-il intrinsèquement raciste et stigmatisant ?
L’islam est-il une race ? Comment peut-on être raciste envers une religion ?
La tentation victimiste, à l’opposé radical de l’ethos historique musulman, est en train d’envahir les populations islamisées d’Occident. Il s’agit d’un retournement civilisationnel inquiétant, qui s’origine dans la féminisation sensitive des masses en voie d’occidentalisation.
Inversion de sens
D’autre part, qu’est-ce que l’islamo-phobie, sinon la peur irraisonnée de l’islam… et donc l’autocensure préventive ? Soyons sémantiquement cohérents : ne pas être islamo-phobe, c’est précisément ne pas avoir peur de l’islam, donc ne pas être contraint de prendre des précautions lorsqu’il s’agit de l’évoquer ; si les mots ont un sens, les véritables islamophobes sont donc ceux-là mêmes qui tremblent, qui se taisent avec malaise, qui craignent les scandales et qui choisissent scrupuleusement leurs mots en parlant de l’islam.
En clair, ils assimilent les musulmans à des chiens en les caressant dans le sens du poil. Voici les véritables obscènes, les véritables salauds, purement islamo-phobes. Aussi pullulent-ils effectivement en Occident, dans les médias, mais pas forcément du côté que l’on imagine…
Lorsque la polémiste italienne Orianna Fallaci se permettait d’écrire que "les fils d’Allah se multiplient comme des rats" (La rage et l’orgueil), nous étions, en toute rigueur de termes, à l’opposé de l’islamophobie : elle écrivait une chose scandaleuse, ressortissant de la haine bien plus que de la peur.
Par contre, lorsque tel ou tel intellectuel de droite conservateur affirme hypocritement que l’islam est à ses yeux une religion d’amour, il est permis de soupçonner une émanation d’islamo-phobie : désireux d’échapper à tout déchaînement polémique, il préfère émettre une déclaration qu’il ne soutiendrait pas une seconde en privé. Nous sommes ici clairement dans le registre de l’islamophobie.
En clair, et c’est là tout son paradoxe, l’islamophobie est largement plus présente dans les louanges que dans les critiques envers l’islam.
Pierre-André Bizien
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